
En résumé : le plan d’entraînement d’une coureuse est le même que celui d’un coureur. Ce qui change, c’est ce qui se passe autour : le fer, que les règles et la course font perdre plus vite qu’il ne rentre ; l’énergie disponible, qu’un régime trop strict fait tomber sous le seuil où le cycle se dérègle ; le calcium et la vitamine D, qui protègent des os très sollicités. La réponse à la fatigue d’une coureuse n’est jamais un complément acheté au hasard : c’est une prise de sang, puis une décision. Le fer, en particulier, ne se prend jamais sans analyse ; nous n’en vendons pas, et un médecin doit le prescrire.
Cet article fait partie du guide complet du running au Maroc. Il s’adresse aux coureuses marocaines, débutantes ou confirmées, et à celles qui s’entraînent sérieusement sans progresser malgré la régularité. Le plan de 8 semaines pour commencer est dans notre guide pour débuter le running ; ici, nous parlons de ce qui est différent.
Ce qui change vraiment, et ce qui ne change pas
Ce qui ne change pas : la progressivité, l’allure de conversation, trois séances par semaine, les délais avant de courir, l’hydratation. Ce qui change, et que les guides écrits pour des hommes ignorent : trois sujets, le fer, l’énergie disponible et les os, qui expliquent à eux seuls la majorité des coureuses « qui n’avancent pas ». Les coureuses ont aussi des questions pratiques que personne ne traite sérieusement : courir pendant les règles, courir avec un hijab en juillet, courir seule à 6 h du matin, courir enceinte. Elles sont plus bas dans l’article.
Le fer : le frein invisible des coureuses
Le fer sert à fabriquer l’hémoglobine, qui transporte l’oxygène vers les muscles. Une coureuse en manque de fer court avec un moteur bridé : à allure égale, le cœur bat plus vite et le souffle manque. Or les coureuses cumulent quatre sources de perte ou de moindre absorption, décrites dans les revues consacrées au fer chez le sportif[1] : les règles, l’impact répété du pied au sol qui abîme des globules rouges, les pertes par la sueur et le tube digestif, et la hausse après l’effort d’une hormone (l’hepcidine) qui freine l’absorption du fer pendant plusieurs heures. Ces mêmes revues rapportent des carences en fer chez une proportion importante des sportives d’endurance, bien plus que chez les hommes. Ce n’est pas rare, ce n’est pas anodin, et cela ne se devine pas : cela se mesure.
Les signes qui ne trompent pas
- Essoufflement à une allure qui était facile il y a deux mois, sans avoir changé d’entraînement.
- Jambes lourdes dès les premières minutes, séance après séance.
- Aucun progrès malgré trois séances régulières par semaine pendant plusieurs mois.
- Fatigue qui ne disparaît pas avec une semaine de repos.
- Frilosité, pâleur, ongles cassants, chute de cheveux plus marquée (nous avons traité ce dernier point dans compléments et cheveux).
- Envie de croquer de la glace, signe classique et méconnu.
Un ou deux de ces signes chez une coureuse qui a des règles abondantes, ou qui mange peu de viande rouge, suffisent à justifier une prise de sang. Pas un complément : une prise de sang.
Les analyses à demander avant tout complément
La règle de la maison est la même pour tous nos lecteurs, et elle est encore plus stricte pour le fer : on ne complète que ce qu’une analyse a montré manquant. Pour une coureuse, le bilan utile tient en quelques lignes :
| Analyse | Ce qu’elle dit | Pourquoi elle compte pour une coureuse |
|---|---|---|
| Ferritine | Les réserves de fer | C’est l’indicateur qui baisse en premier. Beaucoup de médecins du sport considèrent qu’en dessous de 30 à 35 µg/L, les réserves sont épuisées, même avec une hémoglobine normale. |
| Hémoglobine (NFS) | Le transport d’oxygène | Basse, c’est une anémie : consultation obligatoire, pas d’automédication. |
| CRP | L’inflammation | Une inflammation (infection, blessure) fait monter artificiellement la ferritine : sans CRP, on peut rater une carence. |
| Vitamine D (25-OH) | Les réserves de vitamine D | Souvent basse chez les femmes au Maroc malgré le soleil (peau couverte, vie en intérieur) ; elle compte pour les os. |
| Vitamine B12 | Utile si peu ou pas de viande | Sa carence donne une fatigue proche de celle du fer ; lisez carence en B12 et fatigue. |
Le détail de ce bilan, son coût et sa lecture sont dans quelles analyses faire avant un complément. Si la ferritine est basse, c’est le médecin qui décide de la forme, de la dose et de la durée du fer. Nous ne vendons pas de fer, nous ne vous en conseillerons jamais sans analyse, et une coureuse qui en prend « au cas où » risque une surcharge inutile pour un bénéfice nul.
Le fer dans l’assiette marocaine
Avant et après toute prescription, l’assiette fait le travail de fond. Les meilleures sources de fer bien absorbé sont le foie, la viande rouge, les sardines et les fruits de mer. Les lentilles, les pois chiches, les fèves de la bissara et les épinards en apportent aussi, mais leur fer s’absorbe moins bien : on l’aide avec de la vitamine C dans le même repas (citron sur la salade, orange, poivron, tomate). Deux habitudes marocaines freinent l’absorption : le thé et le café pris pendant ou juste après un repas riche en fer. Décalez le thé d’une heure. Enfin, la course elle-même bloque l’absorption pendant quelques heures après la séance[1] : un repas riche en fer se place loin de l’entraînement, plutôt le soir pour une coureuse du matin.
Le cycle menstruel et l’entraînement
La question revient dans chaque groupe de coureuses : faut-il adapter l’entraînement au cycle ? La meilleure synthèse disponible, une méta-analyse de la performance selon les phases du cycle, conclut que la performance est en moyenne très légèrement réduite pendant les règles (phase folliculaire précoce) par rapport aux autres phases, avec une variabilité énorme d’une femme à l’autre[2]. En clair : il n’y a pas de règle générale, et la vôtre se découvre en notant vos séances. Courir pendant les règles n’est ni dangereux ni interdit ; beaucoup de coureuses y trouvent même un soulagement des crampes. Ce qui a du sens : garder les sorties faciles les jours difficiles, placer les séances rapides quand vous vous sentez forte, et noter pendant trois cycles ce qui se passe. Une application ou un carnet suffisent.
Quand les règles disparaissent : l’alerte à ne pas ignorer
Une coureuse qui perd ses règles pendant trois mois ou plus, en dehors d’une grossesse, doit consulter, et personne dans un groupe de course ne devrait lui dire que « c’est normal chez les sportives ». Ce n’est pas normal. Le consensus du Comité international olympique sur le déficit énergétique relatif dans le sport décrit ce qui se passe quand une sportive dépense plus d’énergie qu’elle n’en mange sur la durée : le cycle s’arrête, les os se fragilisent, l’immunité et l’humeur baissent, et la performance finit par chuter[3]. Le mécanisme n’est pas la course, c’est le manque d’énergie disponible. Il touche surtout les coureuses qui associent kilomètres et régime strict.
Manger assez : l’énergie disponible
L’énergie disponible, c’est ce qu’il reste au corps une fois l’entraînement payé. Une coureuse de 58 kg qui court 40 minutes par jour en mangeant « léger » pour perdre du poids peut tomber sous le seuil à partir duquel le corps coupe des fonctions non urgentes, à commencer par le cycle. Les signes précoces : règles irrégulières, fatigue persistante, blessures qui traînent, sommeil dégradé, obsession de la balance. Perdre du poids en courant est possible et nous l’expliquons honnêtement dans le running fait-il vraiment maigrir ; pour une femme, le rythme sûr est de 0,5 kg par semaine, jamais avec des repas sautés, et jamais en cumulant restriction et volume de course en hausse.
Calcium et vitamine D : les os des coureuses
Chaque foulée charge les os de la jambe et du bassin. Deux nutriments les entretiennent, et les allégations autorisées par l’EFSA sont claires : le calcium est nécessaire au maintien d’une ossature normale, la vitamine D contribue au maintien d’une ossature normale et à l’absorption du calcium. Les apports de référence européens se situent autour de 950 à 1 000 mg de calcium par jour pour une adulte, et de 15 µg (600 UI) de vitamine D. Dans l’assiette marocaine, le calcium vient du lben, du raïb, du fromage, des sardines avec leurs arêtes, des amandes et des légumes verts. La vitamine D vient surtout du soleil sur la peau, ce qui explique pourquoi tant de femmes au Maroc en manquent malgré le climat : peau couverte, sorties tôt le matin ou tard le soir, vie en intérieur. Notre guide sur la carence en vitamine D au Maroc détaille l’analyse et les doses ; une supplémentation n’a de sens qu’après une mesure basse, et une vitamine D de qualité commence à 199 DH sur le site.
Les protéines, surtout au petit-déjeuner
Les besoins d’une coureuse régulière se situent entre 1,4 et 2 g de protéines par kilo de poids, comme pour tout sportif d’endurance[4] : pour 58 kg, 80 à 115 g par jour. Le petit-déjeuner marocain classique (pain, huile, thé) n’en apporte presque pas, et c’est le repas à corriger en premier : deux œufs, du lben, du fromage frais ou un reste de poulet. La whey n’est utile que si, après avoir compté, le total n’y est pas ; le calcul est expliqué dans le guide complet de la whey.
Compléments : ce qui a du sens pour une coureuse
Nous vendons des compléments et nous refusons d’en vendre sans raison. Pour une coureuse, la liste honnête est courte :
- Fer : uniquement sur prescription, après ferritine et CRP. Nous n’en vendons pas.
- Vitamine D : si l’analyse est basse, ce qui est fréquent. Pas « au cas où ».
- Magnésium : en cas de crampes nocturnes ou de fatigue avec une analyse ou une alimentation pauvre en légumineuses, céréales complètes et fruits secs ; le magnésium contribue à réduire la fatigue et à une fonction musculaire normale (allégations EFSA). Les formes et les prix sont dans magnésium : bienfaits et quelle forme choisir ; l’entrée de gamme commence à 279 DH.
- Multivitamine : une option de confort pour celles qui mangent peu varié, pas une réponse à la fatigue ; les différences entre formules homme et femme sont expliquées dans multivitamine homme ou femme.
- Whey : seulement si le calcul des protéines montre un manque.
Ce qui n’a pas sa place : les brûleurs de graisse, les « détox », les cures achetées parce qu’une amie en prend. Une coureuse fatiguée qui commande trois produits sans analyse dépense de l’argent pour rien, et retarde le seul geste utile.
Courir en sécurité au Maroc : horaires, lieux, groupes
La question de la sécurité conditionne tout le reste : une coureuse qui ne se sent pas en sécurité ne sort pas trois fois par semaine. Ce qui fonctionne dans les villes marocaines : les lieux fréquentés et éclairés (corniches, parcs, pistes des complexes sportifs), les heures où d’autres coureurs sont là (7 h à 9 h le matin, 18 h à 20 h le soir), les groupes de coureuses qui se sont multipliés à Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger et Agadir et se trouvent sur les réseaux sociaux, le partage de position avec une proche, et un parcours en boucle plutôt qu’un aller-retour isolé. Une sortie à 5 h 30 seule sur une route vide n’est pas un objectif d’entraînement.
Tenue : hijab de sport, brassière, chaleur
Trois points pratiques. Une brassière de sport à maintien fort, essayée en courant sur place dans le magasin, évite des douleurs que beaucoup de coureuses acceptent à tort comme normales. Un hijab de sport en tissu technique, léger et respirant, remplace le voile en coton de juin à septembre : le coton retient la sueur et chauffe. Le reste de la tenue suit la même logique : tissus techniques, couleurs claires en été, pas de superposition inutile. Sous la chaleur, les coureuses couvertes perdent plus d’eau et de sel ; la méthode de la pesée et les repères sont dans notre article sur l’hydratation du coureur au Maroc.
Grossesse et après l’accouchement
Une coureuse déjà entraînée peut souvent continuer à courir à intensité modérée pendant une grossesse sans complication, avec l’accord de son gynécologue et en écoutant les signaux d’arrêt (douleur, contractions, essoufflement inhabituel, saignement). On ne commence pas le running enceinte. Après l’accouchement, la reprise se fait progressivement et après avis médical, avec un travail du périnée avant de reprendre la course, en général pas avant plusieurs semaines à plusieurs mois selon l’accouchement. Le fer et la vitamine D se surveillent particulièrement à cette période. Ce paragraphe ne remplace pas une consultation : c’est le seul cas de cet article où la réponse est toujours « demandez à votre médecin ».
Un plan identique, une écoute différente
Le plan marche-course de 8 semaines, les délais avant de courir, la gestion de la chaleur et du Ramadan (voir courir pendant le Ramadan) sont les mêmes pour tout le monde. La différence, c’est ce qu’une coureuse note en plus : le cycle, les règles abondantes, la fatigue qui dure, le sommeil. Trois cycles de notes disent plus qu’un mois de forums. Et quand un signal persiste, la réponse est toujours la même : analyse, médecin, puis seulement un complément si l’analyse le justifie.
Questions fréquentes
Le running perturbe-t-il les règles ?
La course en elle-même, non. Ce qui dérègle le cycle, c’est le manque d’énergie disponible : courir beaucoup en mangeant trop peu. Des règles qui deviennent irrégulières ou disparaissent trois mois chez une coureuse imposent une consultation, ce n’est jamais « normal chez les sportives ».
Quels compléments pour une coureuse ?
Aucun par défaut. Après analyse : vitamine D si elle est basse, magnésium en cas de crampes ou de fatigue avec un apport alimentaire faible, whey si le calcul des protéines montre un manque, fer uniquement sur prescription. Nous ne vendons pas de fer et nous ne conseillons aucun complément sans analyse.
Comment savoir si je manque de fer ?
Par une prise de sang : ferritine, hémoglobine et CRP. Les signes (essoufflement à allure facile, jambes lourdes, fatigue persistante, chute de cheveux, frilosité) justifient l’analyse, mais ne la remplacent pas.
Puis-je prendre du fer sans analyse ?
Non. Un excès de fer est nocif et un fer pris « au cas où » n’améliore rien. La ferritine dit s’il en manque, le médecin dit combien et combien de temps. Nous n’en vendons pas.
Faut-il courir pendant les règles ?
Si vous vous sentez capable, oui : la performance moyenne est à peine réduite pendant les règles et beaucoup de coureuses y trouvent un soulagement. Gardez les sorties faciles les jours difficiles et placez les séances rapides quand vous êtes en forme.
Le running fait-il perdre les cheveux ?
Non, mais une chute de cheveux marquée chez une coureuse est un signal fréquent de réserves de fer basses ou d’un apport insuffisant. La réponse est une ferritine, pas un complément « cheveux » acheté à l’aveugle.
Comment courir avec un hijab en été au Maroc ?
Un hijab de sport en tissu technique respirant, des couleurs claires, des sorties avant 8 h ou après 20 h, et une attention particulière à l’eau et au sel, parce qu’une tenue couvrante fait transpirer davantage.
Peut-on courir enceinte ?
Une coureuse déjà entraînée, sans complication et avec l’accord de son gynécologue, peut souvent continuer à intensité modérée. On ne commence pas le running pendant une grossesse. En cas de doute, la réponse est toujours le médecin.
Combien de protéines pour une coureuse ?
Entre 1,4 et 2 g par kilo de poids et par jour, réparties sur les repas, en corrigeant d’abord le petit-déjeuner qui n’en contient presque pas dans sa version marocaine classique.
Quelle analyse demander avant de courir sérieusement ?
Ferritine, NFS (hémoglobine), CRP, vitamine D, et B12 si vous mangez peu de viande. C’est un bilan simple, qui évite d’acheter des compléments inutiles et qui détecte le frein le plus fréquent des coureuses avant qu’il ne coûte six mois de progression.
Ce guide existe aussi en arabe
La version arabe complète de ce guide : الجري للمرأة المغربية: النسخة العربية الكاملة.
Contenu relu par Hatim Ghoumri, coach senior en performance.
Dernière relecture : 6 septembre 2026 · Notre politique éditoriale
Sources
- Sim M et al. Iron considerations for the athlete: a narrative review. European Journal of Applied Physiology. 2019;119(7):1463-1478. doi:10.1007/s00421-019-04157-y
- McNulty KL et al. The effects of menstrual cycle phase on exercise performance in eumenorrheic women: a systematic review and meta-analysis. Sports Medicine. 2020;50(10):1813-1827. doi:10.1007/s40279-020-01319-3
- Mountjoy M et al. IOC consensus statement on relative energy deficiency in sport (RED-S): 2018 update. British Journal of Sports Medicine. 2018;52(11):687-697. doi:10.1136/bjsports-2018-099193
- Jäger R et al. International Society of Sports Nutrition Position Stand: protein and exercise. Journal of the International Society of Sports Nutrition. 2017;14:20. doi:10.1186/s12970-017-0177-8
- Registre des allégations de santé autorisées de l’Union européenne (EFSA) pour le calcium, la vitamine D, le fer et le magnésium.
Cet article informe, il ne remplace pas une consultation médicale, en particulier pour le fer, le cycle et la grossesse. Écrit par Othman Firano, fondateur de Maghreb Nutrition. Relu par Hatim Ghoumri, coach senior en performance.























